Quand fleurissent les galets…

 Le hâble d’Ault est un lieu bien connu des chasseurs et des ornithologues… Il se situe au sud de la Baie de Somme, le long du littoral Picard, entre Cayeux-sur-mer et Ault, petite agglomération qui marque le début des falaises qui s’étendent ensuite vers la Normandie. Il semble probable qu’à l’origine, le hâble ait été un golfe dont l’entrée a peu à peu été obstruée par l’avancée naturelle du cordon de galets. Au moyen-âge, il suffisait de fermer l’entrée du site à marée descendante pour piéger les poissons et le hâble fut ainsi un important centre de pêche. Il fut ensuite un port et en a conservé le nom puisque le terme « Hâble » provient de « Havre » qui signifie « port ». En leur temps, Richelieu puis Vauban imaginèrent même d’en faire un port militaire… Finalement, le hâble fut définitivement séparé de la mer en 1766 et transformé en polder.

Si le Hâble d’Ault bénéficie d’une très grande réputation en matière cynégétique, celle qu’il a acquise sur le plan naturaliste est tout aussi importante. Le hâble est en effet  fréquenté par les ornithologues et il n’est pas rare de voir mention du site dans des revues naturalistes. Les oiseaux, la flore ou encore les insectes y font régulièrement l’objet d’études scientifiques. Ce sont ainsi plus de 270 espèces d’oiseaux qui ont été répertoriées sur le site du hâble sur les 365 que compte le littoral picard. La situation géographique du hâble en fait un lieu idéal pour les oiseaux d’eau qui peuvent l’utiliser pour la nidification, et la réserve naturelle leur fournit la quiétude nécessaire. C’est aussi un site privilégié pour la migration des passereaux et l’une des places les plus importantes du nord de la France pour les stationnements printaniers. A cette saison, les oiseaux d’eau (canards, oies, sarcelles, limicoles…) fréquentent activement le site et s’y reproduisent de façon plus ou moins régulière.

Depuis 1982, le site abrite la Réserve de Chasse et de Faune Sauvage (RCFS) du Hâble d’Ault d’une surface d’environ 100 ha. Il constitue la seconde réserve du littoral picard, après la réserve naturelle nationale de la Baie de Somme. Cette réserve est entourée d’une zone tampon gérée en cohérence avec la réserve et s’inscrit dans le paysage des bas-champs, nom local donné au polder. Géographiquement, ce polder s’étend sur 4200 ha et forme approximativement un triangle, isolé de la mer par le cordon de galets qui s’étend de Ault à la pointe du Hourdel (l’embouchure de la Baie de Somme). A l’origine, cette digue, protection vitale du site contre les intrusions marines, était alimentée naturellement par les falaises normandes qui libèrent des morceaux de silex par érosion, lesquels, roulés et polis par la mer, forment les galets. Aujourd’hui la dynamique est interrompue puisque les jetées des ports normands bloquent la remontée des galets et la digue ne subsiste qu’au prix d’un entretien important, d’ailleurs remis en cause aujourd’hui. Elle est entretenue artificiellement par l’apport de galets en amont et des épis en béton ont été construits pour freiner leurs déplacements. Cette zone, d’une largeur de 50m environ, formée d’éléments nus et facilement mobiles est progressivement fixée par des plantes pionnières qui permettent la constitution, année après année, d’un sol sur lequel s’installe une végétation dominée par des graminées, puis des massifs d’argousiers.

L’originalité du paysage réside dans la grande diversité des parcelles où l’eau et les galets occupent une place prépondérante. Derrière la digue, le paysage est extrêmement plat, sans arbres puisque seuls les arbustes (argousier, troène, sureau, aubépine…) parviennent à s’implanter face au vent qui souffle quasiment en permanence et aux embruns salés qu’il transporte. Les étangs et mares parsèment le paysage, l’eau y est faiblement saumâtre du fait des infiltrations d’eau de mer. Ces étangs sont soit d’origine naturelle, soit des excavations issues de l’exploitation des galets. Cette exploitation passée a d’ailleurs laissé quelques buttes de faible hauteur au nord du site. Certains étangs abritent des roselières propices aux oiseaux, le sud du site est, quant à lui, constitué de prairies graveleuses. Le sol composé de galets et la présence des embruns salés font du hâble d’Ault un lieu d’exception puisque les espèces sont contraintes de s’adapter à ces conditions. La juxtaposition de milieux divers concourt également à la diversité de la flore et de la faune, sur un site d’une taille relativement modeste.

Pour qui veut visiter le site, le printemps est de loin la saison la plus intéressante et la plus agréable. Le paysage, qui peut parfois sembler austère de par l’abondance de galets gris ou sombres et l’absence de reliefs, se transforme par l’arrivée des fleurs sauvages. Le chou marin, espèce rare et protégée sur le plan national, forme des massifs de fleurs blanches qui égayent l’aspect rocailleux du site. Sa floraison s’accompagne de celle du gazon d’Espagne qui forme de beaux tapis roses et de celle du lotier qui ajoute une touche de jaune. Les silènes, chardons, rosiers sauvages, la petite oseille et les pavots cornus ajoutent également au camaïeu de couleurs, de même que les cardaires, troènes en fleurs ou encore les boutons d’or. Plus tard en saison, ce sera au tour de la vipérine, du serpolet et du sedum âcre de colorer le hâble de bleu, de violet et de jaune.

NB : Tous mes remerciements à Patrick Triplet qui à bien voulu mettre à ma disposition les documents nécessaires à l’écriture de cet article.

2 comments for “Quand fleurissent les galets…

  1. leblond fabienne
    21 juin 2012 at 16 h 12 min

    Quel bonheur! Je ne peux plus voyager seulement regarder.
    Vos « images » sont si belles.
    Du petit âne en passant par les belles plages en toute saison.
    Les oiseaux, la nature, que du Bonheur.
    Merci Monsieur.

    • admin
      21 juin 2012 at 16 h 24 min

      Voilà qui me fait chaud au coeur ! Merci beaucoup, Madame !

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