Ambiances de la baie de Somme

Voici une petite collection de photographies de la baie de Somme, des instantanés glanés au gré de mes promenades matinales ou vespérales. Du côté du Hourdel vous verrez les chalutiers partir à la pêche aux crevettes grises ou bien les voiliers échoués au milieu de la baie à marée basse pour un moment en immersion, un peu seul au monde. Voyez également les pirogues polynésiennes (les Va’a) remonter vers le fond de baie avec la marée montante ou les montgolfières survoler le Crotoy. Près de Saint-Valery, du côté de Pendé, ce sont les champs de coquelicots qui colorent les paysages champêtres pour le plaisir de tous. Les vues aériennes permettent une belle perspective de ces camaïeux de couleurs. Un troupeau de chevaux fait parfois le spectacle dans les renclôtures, ces terres gagnées sur la mer de l’autre côté de la digue qui longe la route panoramique. Au cap Hornu vous réveillerez peut-être les dormeurs à la belle étoile sous leur moustiquaire, ou bien vous profiterez d’un magnifique lever de soleil sur le Crotoy…

Les pêcheurs de la Baie de Somme au port du Hourdel

Les pêcheurs du Hourdel sont comme ces irréductibles gaulois qui luttent encore et toujours contre l’envahisseur, ce sable qui envahit la baie peu à peu. Pour notre plus grand plaisir, ils maintiennent leur activité de pêche à la crevette grise, ces « sauterelles » à qui ils doivent leur surnom de « sauterellier ». A marée haute, on peut ainsi voir quelques bateaux rentrer dès que le niveau de l’eau le permet et d’autres partir en mer une fois que les marins ont pu constater que le chenal est navigable.

Instantanés de la Baie de Somme

Pour ce petit article, je vous emmène en baie de Somme au grés de mes pérégrinations…

On commence au Crotoy avec ce magnifique lever de soleil sur la baie, vu du ciel grâce au drone. Le bourg émerge à peine de la brume et les nuages colorés se reflètent sur le sable mouillé pour magnifier le paysage.

Nous passons ensuite au Cap Hornu avec un nouveau point de vue sur la chapelle des marins grâce aux haies taillées récemment. C’est aussi la rencontre avec Titine, la laie apprivoisée qui partage la pâture des chevaux sur les flancs du coteau. Ce sanglier qui dort le long du chemin suscite bien des interrogations chez les promeneurs…

Passage ensuite par les champs de coquelicots près de Pendé. Le soir venu, c’est un défilé de gens qui viennent s’y photographier, comme ces deux jeunes filles qui venaient là pour alimenter leur « Insta ».

Après un petit vol au dessus de la pointe du Hourdel, nous voici à Saint-Valery. Nous déambulons dans les rues de la vielle ville médiévale. Elles sont fleuries par l’association qui gère l’Herbarium. Le long des quais, se sont les terrasses enfin rouvertes qui font les délices des promeneurs.

Le temps de croiser la locomotive Corpet qui tire le petit train à vapeur de la baie de Somme et nous voici au Marais du Crotoy pour assister à l’arrivée des chevaux Henson. La troupe vient boire et s’offrir quelques bains de poussières les pattes en l’air. Les vaches Highland viennent aussi prendre le frais en s’installant dans l’étang. L’une d’elle ira même provoquer beaucoup d’émotion chez les mouettes en allant piétiner les nids sur l’ilot où est établie la colonie.

Retour sur Le Hourdel et vol au dessus du fond de baie pour la suite, avec les agneaux de prés-salés encore parqués pour la nuit près de Saint-Valery, dans les mollières. Et pour finir, un bel arc-en-ciel qui m’aura accompagné depuis les renclôtures jusqu’à Nouvion et la forêt de Crécy.

Les pêcheurs du Hourdel

Rose-orangée après la cuisson, la crevette grise (Crangon crangon) mesure 5 à 7 cm, et sa couleur naturelle varie en réalité suivant le milieu où elle vit (jaune sable, verte, ou grise). On la trouve près du fond, à faible profondeur (moins de  20 mètres). Elle se nourrit la nuit et se déplace surtout à marée haute. Pour autant, elle ne s’éloigne guère de l’estuaire où elle est née [1].  Elle reste enfouie dans le sable le jour, ne laissant dépasser que ses antennes, pour se protéger des prédateurs. La crevette grise est omnivore et c’est un excellent nettoyeur des fonds marin, mais qui concentre les polluants de ce fait.

En baie de Somme, suivant les saisons, les pêcheurs attrapent la crevette grise, la sole, la limande, le turbot ou le carrelet. La crevette grise est une spécialité des pêcheurs du Hourdel, qui réalisent 5% à 10% de la production française. Ce crustacé est rapide et agile, ce qui lui vaut le surnom de « sauterelle« . Par extension, les chalutiers sont donc des « sauterelliers« [2]. Ces bateaux sont relativement petits, de 9 à 12 mètres, et embarquent 1 à 3 marins pêcheurs pour une dizaine d’heures en général, parfois plus. Ils raclent le fond avec un chalut spécifique et vanté comme très sélectif. Ce type de chalut (« Devismes et Asselin », du nom de ses concepteurs) a été mis au point par un pêcheur du Crotoy afin de séparer les crevettes capturées des poissons qui sont relâchés. A l’inverse des chaluts classiques, les « gros » dont la taille est supérieure à celle d’une crevette peuvent s’échapper, mais pas les petits. C’est une pêche côtière, pratiquée dans les estuaires de la Somme, de l’Authie et de la Canche principalement, et de façon artisanale[3].

Pour autant, l’activité de pêche professionnelle en baie de Somme se résume aujourd’hui pour l’essentiel à quelques chalutiers amarrés dans le petit port du Hourdel.  Durant les mortes eaux, les bateaux sont contraints à aller au Tréport, faute de disposer d’assez de tirant d’eau en baie. Le petit port est alors vide de ses pêcheurs. Quelques familles font perdurer cette activité depuis plusieurs générations, mais leur nombre diminue peu à peu, faute de repreneurs. La raréfaction du poisson est la principale cause de cette désaffection. En 2018 l’Ifremer[4] a d’ailleurs publié une étude estimant que 80% du poisson a disparu en baie de Somme sur ces 30 dernières années. L’étude impute cette disparition au réchauffement des océans, particulièrement exacerbé en Baie de Somme et dans toute la partie Manche/Mer du nord. Il est en effet 4 fois plus rapide ici que dans la moyenne des océans.

C’est donc une véritable chance de pouvoir encore être témoin de cette activité traditionnelle. Voir les enfants accompagner en courant le retour des bateaux dans le chenal ou bien suivre les curieux pour assister au déchargement de la pêche sont des plaisirs simples qu’il faut savoir apprécier… Sans parler de la dégustation !


[1] Etat des lieux des pêcheries de crevettes grises dans les estuaires de la Loire et de la Vilaine, Sylvain Rocheteau, 14/9/2014, Mémoire de fin d’études, Master Sciences Agronomiques et Agroalimentaires Spécialité Sciences Halieutiques et Aquacoles : https://halieutique.agrocampus-ouest.fr/files/fichiers/memoires/200723.pdf

[2] Ville de Cayeux-sur-mer : https://www.cayeux-sur-mer.fr/economie-et-developpement/peche-profesionnelle/

[3] Office Français de la Biodiversité, Parc naturel marins Estuaires picards et de la mer d’Opale : https://www.parc-marin-epmo.fr/editorial/la-peche-maritime-professionnelle

[4] Ifremer : Baisse de 80% de l’abondance de poissons en 30 ans en baie de Sommehttps://wwz.ifremer.fr/Recherche/Actualites/Baisse-de-80-de-l-abondance-de-poissons-en-30-ans-en-baie-de-Somme

La baie de Somme à découvert

Quelques images rapportées d’un vol au dessus de la baie de Somme, entre le Hourdel et le Crotoy, au petit matin alors que le soleil se lève et illumine les bancs de sable et les chenaux découverts par la marée basse. Quelques images faites ensuite depuis le sol également

Un joli papillon sur le blockhaus du Hourdel

Un artiste de rue, notre Banksy à nous, nous a offert un magnifique papillon peint sur le blockhaus du Hourdel, en baie de Somme. Une initiative largement appréciée des promeneurs ! Personnellement, j’aime beaucoup, çà s’intègre bien dans l’environnement, çà respecte l’esprit du lieu.

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